Débats AN ; Amendement 1558 ; Loi EC

Première séance du mercredi 11 décembre 2019

 

le président. La parole est à Mme Delphine Batho, pour soutenir l’amendement no1558.

Mme Delphine Batho. Il propose d’expérimenter la TVA dite circulaire, c’est-à-dire un taux réduit de TVA pour les activités de réparation d’appareils électroménagers et électroniques.

Le but de la TVA circulaire est de créer une fiscalité verte positive. Les produits et les activités non vertueux ont en réalité des coûts cachés, gratuits pour les producteurs : ils contribuent à la destruction du climat, des ressources et de la nature, alors que les activités et les produits vertueux pâtissent initialement, lors de leur mise sur le marché, d’un désavantage compétitif. On ne doit donc pas leur appliquer le même taux de TVA.

La TVA est certes soumise à la réglementation européenne, mais celle-ci n’empêche pas l’expérimentation d’un taux réduit pour une durée déterminée sur un secteur d’activité extrêmement précis – en l’occurrence, celui de la réparation des appareils électroménagers et électroniques. Tous les éléments techniques existent pour mener cette expérimentation, grâce notamment à l’étude MODEXT qui avait été effectuée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie – ADEME.

  1. le président. Quel est l’avis de la commission ?

Mme Véronique Riottonrapporteure. Je comprends, madame la députée, votre tentation d’agir à travers la fiscalité. Ce n’est cependant pas le choix que nous faisons dans ce texte. Nous y avons préféré une dimension plus structurelle – je pense évidemment à l’article 2, sur l’indice de réparabilité, que nous avons voté hier. Nous verrons ensuite des mesures permettant de changer le comportement des consommateurs en favorisant la réparation plutôt que le remplacement par un produit neuf.

La cohérence de l’ensemble des mesures contenues dans ce texte permet de faire le pari de développer la filière de la réparation sans recourir à des mesures fiscales auxquelles nous ne sommes pas favorables.

Avis défavorable.

  1. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?

Mme Brune Poirsonsecrétaire d’État. Nous avons déjà eu l’occasion d’en discuter en commission. Je comprends votre souci de trouver des moyens très concrets d’inciter à la réparation ou au réemploi, mais votre amendement soulève plusieurs objections. Nous nous efforçons, tout d’abord, de ne pas traiter de fiscalité dans les textes qui ne sont pas directement liés au projet de loi de finances. Au-delà de ce point, nous avons nous aussi beaucoup étudié cette question, pour savoir quelles seraient les incitations les plus efficaces pour influencer les comportements des citoyens de façon vertueuse.

Après avoir étudié l’impact de la baisse de la TVA dans différents secteurs, comme celui de la restauration, nous sommes arrivés à la conclusion – contre-intuitive, assurément –que ces baisses ne favorisent pas nécessairement les meilleurs changements de comportement, parce qu’elles ne sont pas toujours répercutées sur le consommateur final – tel a été le cas de la baisse de la TVA sur la restauration.

C’est pourquoi nous avons choisi de travailler sur la modulation des écocontributions, une option, certes, plus technique – je sais que vous connaissez ce dispositif, madame Batho –, mais qui permet, selon les caractéristiques environnementales du produit vendu, de faire varier l’écocontribution jusqu’à 20 % du prix final. C’est donc un signal-prix important, susceptible d’avoir un véritable effet sur le consommateur : à l’évidence, ce dernier achètera, plutôt qu’une bouteille de shampooing plus chère parce que peu respectueuse de l’environnement, une autre, rendue moins chère parce que plus respectueuse de l’environnement.

Par ailleurs, les taux de TVA sont encadrés de manière très précise par une directive européenne : leur objet et leur assiette y sont délimités de manière stricte.

Pour toutes ces raisons, nous pensons qu’il est préférable de s’en tenir à ce dispositif particulièrement ambitieux qu’est la modulation des écocontributions.

  1. le président. La parole est à M. Hubert Wulfranc.
  2. Hubert Wulfranc. Nous avons compris que tous les dispositifs reposant sur une réduction du taux de TVA sont réprouvés dans votre camp. Vous passez toutefois trop rapidement sur l’avantage considérable que le champ économique pourrait tirer de cette disposition, dont Mme Batho a surtout développé la dimension verte et citoyenne.Il ne faut pas oublier, en effet, que l’économie sociale et solidaire, sur laquelle notre échange a fait jusque-là l’impasse, occupe dans ce domaine un créneau majeur, puisqu’elle permet de remettre sur le marché des produits dont la réparation permettra d’en prolonger l’usage. Or l’économie sociale et solidaire, vous le savez, est fragile : une disposition de cette nature serait donc particulièrement bien reçue par tous ceux qui sont engagés dans ce champ économique dont chacun reconnaît l’intérêt tant en matière de production qu’en matière de consommation.
  3. le président. La parole est à M. François-Michel Lambert.
  4. François-Michel Lambert. Je remarque que la majorité est plus prompte à faire disparaître l’ISF qu’à améliorer le pouvoir d’achat en baissant le taux de TVA. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LaREM.)Je vous invite à relire cet amendement, que je soutiens pleinement, et qui est issu de la Fondation 2019, laquelle travaille depuis de nombreuses années sur le sujet. Elle a fait la démonstration, notamment avec des professionnels de l’électroménager, que l’application de la TVA circulaire aurait un effet très positif.Dans votre réponse, madame la secrétaire d’État, vous avez évoqué les bouteilles de shampooing : si nous sommes favorables à une politique de bonus-malus visant les produits d’emballage, en revanche, je n’ai pas vu que vous envisagiez de l’étendre, par exemple, aux casseroles.
  5. Sébastien Jumel. Vous parlez de celles des Balkany ? (Sourires.)
  6. François-Michel Lambert. Or les poêles et les casseroles en aluminium recyclé font partie des premiers objets sur lesquels il est démontré que la TVA circulaire a des effets très positifs, aux plans non seulement environnemental, mais aussi social et économique, comme Hubert Wulfranc l’a rappelé.Cet amendement, loin d’être violent, propose une expérimentation : il sera donc accepté par l’Europe, puisque celle-ci a accepté des expérimentations dans d’autres pays. Vos arguments, que je respecte, ne nous interdisent donc pas d’expérimenter la TVA circulaire.
  7. le président. La parole est à Mme Delphine Batho.

Mme Delphine Batho. L’amendement vise non pas les bouteilles de shampooing, mais une activité précise, à savoir la réparation de l’électroménager et de l’électronique. Son objet est de faire la preuve du concept, à savoir de vérifier les effets positifs d’une TVA circulaire à taux réduit, en l’appliquant de manière expérimentale à un secteur d’activité très précis.

Cette TVA circulaire n’est donc en rien comparable avec la TVA à taux réduit sur la restauration, dont l’application concernait l’ensemble d’un secteur important de l’économie française, pour un coût de 2,6 milliards d’euros par an, en vue de permettre la création de 40 000 emplois, alors que seuls 6 000 à 9 000 emplois ont été effectivement créés. La mesure que je vous propose ne comporte aucun risque d’effet d’aubaine. La fiscalité positive est un élément d’incitation important.

Ne vivons-nous pas de nouveau ce que nous avons vécu au cours du débat sur le projet de loi d’orientation des mobilités, lorsque nous avons déposé des amendements relatifs à la taxe sur les billets d’avion, que le Gouvernement a refusés dans un premier temps avant de changer d’avis quelques semaines plus tard ? Je ne serai pas surprise que la convention citoyenne reprenne cette proposition d’instauration d’une TVA à taux réduit sur les produits écologiques.

  1. le président. La parole est à M. Dominique Potier.
  2. Dominique Potier. Le groupe Socialistes et apparentés soutient cette mesure qui va dans le sens de son amendement, sur lequel le débat a été vif en commission, visant à instaurer une TVA à taux réduit sur les produits totalement recyclés – produits qui entrent dans le champ de l’économie circulaire.L’amendement de Mme Batho est prudent et a une valeur pédagogique. Il prépare le terrain au nôtre, qui est plus systémique et entre dans une logique plus industrielle.

(L’amendement no 1558 n’est pas adopté.)

 

http://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2019-2020/20200098.asp