Faut-il donner un prix à la Nature ?

Faut-il donner un prix à la Nature ?

Le sujet est complexe.
Pour répondre à cette question, non seulement le doute est permis mais il est nécessaire.

Il associe d’une part, la Nature dans sa complexité et sa coévolution qui s’inscrit dans le temps long et d’autre part,
l’Economie et ses algorithmes d’une simplification confondante, capable des pires perversions de sens à une cadence qui peut atteindre la nano seconde …

Cette question technique largement documenté ne peut s’affranchir de sa dimension éthique qui doit constamment guider nos pas : quelles sont les conditions (et le prix à payer ?) d’une Vie Bonne dans un environnement Préservé, Saint et Agréable ?

C’est aussi vrai pour la monnaie qui constitue un des instruments de l’économie, elle révèle plus de subtilités qu’il n’en parait :

  • Unité de Compte elle peut servir à mesurer -et on peut très bien s’arrêter là- !
  • Intermédiaire des échanges, elle ouvre la porte à la marchandisation des biens, du vivant, … et donne l’illusion que toutes les richesses se valent.
  • Réserve de valeur, elle est capable de confondre les actifs et ouvre la porte à la spéculation … Les actifs financiers dérivés représentent plus de 12 fois le PIB mondial !

Ainsi, donner un Prix ne veut pas forcément dire Créer un Marché et encore moins Financiariser !

Par exemple :
Supprimer une Zone Humide a un coût écologique,
Marchandiser des compensations « Zone Humides » est déjà plus osé,
Spéculer sur des Titres de Banques de Zones Humides interroge sérieusement.

Enfin et c’est l’essentiel, la monnaie est instrument du lien social. En poche elle est un bien privé mais en circulation elle devient un bien commun… Sa gouvernance est intrinsèque à la confiance qui la soutent !

On comprend que le mariage de l’Economie et de la Nature constitue un mélange des genres capable du pire … et du moins pire. Rien de mieux !

Et pourtant le moins pire rend parfois des services !

 

UN PRIX, POUR QUOI FAIRE ?

 

 

1) POUR INFORMER

. Les biens et Services Ecosystémiques
  Principes fondateurs :

 

 

 

Quelques exemples :

Approvisionnement :

Médicaments pour le traitement des cancers : la moitié des nouvelles molécules mises sur le marché ont été d’origine naturelle, dont 34% issues des plantes ces 30 dernières années.
68% des antibiotiques sont issus de la production de micro-organismes.

Le taux de service de la biodiversité à la santé publique est supérieur à 20 Milliards de dollars. Il est en croissance de 7% par an.

Soutien :

80% des plantes à fleur sont pollinisées par les insectes (majoritairement les abeilles, très menacées aujourd’hui). L’enjeu mondial des pollinisateurs est estimé à plus de 150 Milliards d’euros soit 10% de la valeur de la production alimentaire mondiale (Le Monde, 20/9/2008).

La contribution des vers de terre a été évaluée à 25 Milliards par an au niveau mondial.

 

Autres approches et controverses :
La « Valeur Economique Totale » :

Concept théorique visant à fournir une mesure utilitaire globale de la valeur économique d’un actif naturel, support d’une pluralité d’intérêt.
Elle s’obtient par l’agrégation de différentes composantes comme la Valeur d’usage directe, indirecte, d’option, de non-usage, etc. Une solution peut résider dans l’utilisation d’enquêtes auprès des utilisateurs d’un bien naturel (Etudes contingentes).

Cette agrégation des différentes valeurs ne permet pas d’affirmer que la VET couvre l’ensemble des valeurs notamment celles qui sont intrinsèques ou de non-usage.

Robert Costanza l’avait estimé « seulement » à 33 000 Milliards de dollars par an … en 1997, c’est tout de même à un niveau d’échelle comparable au PIB des pays de la communauté économique ! (Robert Costanza et al., « The Value of the world’s ecosystem services and natural capital » Nature, n° 387, p 253-260, 1997.)

 

 

 

Le « Capital naturel » :

Cette métaphore désigne les stocks de ressources naturelles desquelles peuvent dériver les biens et services dont dépendent les sociétés humaines. En aucun cas le Capital naturel peut être associée à la valeur de la nature car il ne prend pas en compte les valeurs intrinsèques.

 

 

2) POUR CALCULER UN PREJUDICE :

  1. a) Chiffrer des dommages écologiques de moindre gravité (Habitat Equivalency Analysis – Valeur / Valeur)

La méthode HEA définit le montant d’un dommage par les coûts des restaurations (primaires et compensatoires)

Source THEMA mai 2017, SEEIDD

 

Celle de Valeur / Valeur se rapporte aux coûts d’aménagements à réaliser (sur le site ou en dehors du site) pour créer un gain de Bien être de Services Ecosystémiques équivalent à la perte de services écosystémiques dues aux dommages. Exemple : 600 parties de pêche perdues.

On peut trouver un écart significatif entre ces deux méthodes.

Source THEMA mai 2017, SEEIDD

  1. b) Evaluer les préjudices écologiques graves (Méthode d’Evaluation Biophysique)

La méthode « MEB dommages graves » est plus précise dans la mesure où elle intègre des critères écologiques qui feront la qualité de la réparation proposée.

 

3) POUR ORIENTER LES POLITIQUES PUBLIQUES et les AGENTS ECONOMIQUES

Justifier des mesures fiscales ou tout autre instrument de régulation des marchés (Exemple : la RPLP en Suisse)

La redevance Poids Lourds en Suisse, effective depuis 2001 (RPLP), a été précédée :

1) D’une consultation générale des populations notamment celles qui subissent les désagréments de l’extension de ce mode de transport.

2) D’un calcul poussé des externalités relatives à ces trafics : Accidents, Santé/pollution de l’air, Bruit, Nature et Paysages, Climat, Dommages provoqués aux Bâtiments, Pertes de Temps, Pertes de Rendements agricoles, Dégâts aux forêts, Qualité des Sols, … et d’un calcul des flux qui a permis de proposer un ratio initial de 2,5 centimes par tonne-km. Le calcul de ces externalités est périodiquement tenu à jour.

3) D’une démonstration sans équivoque de la possibilité d’investissements permettant de réduire ces nuisances sans porter atteinte aux activités économiques et donc de modéliser une analyse Couts/Bénéfices de ceux-ci.

Cette réglementation a été mise en place sans heurt ni violence. Le calcul des externalités induit de facto une forme d’arbitrage des différents points de vue des acteurs du débat sur le terrain de l’objectivité, il favorise le consensus.

 

Adapter les Comptabilités Publique et Privées aux enjeux de la Conservation des Actifs étendus et de la transition écologique : Comptabilités étendues, indicateurs complémentaires, …

 

Introduire des Paiement pour Services Environnementaux (PSE) : payer pour conserver ou restaurer.

Exemple : modifier les pratiques agricoles sur les bassins versants et les zones de captage d’eau.

 

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