Être Crise ou Effondrement, Collapsophobe ou Collapsosceptique ?

Être Crise ou Effondrement, Collapsophobe ou Collapsosceptique ?

Résumé : Les données scientifiques soulignent l’échec du concept de Développement Durable des années 90. Peut-on implémenter un autre modèle afin d’éviter une crise voire un effondrement de civilisation ? La collapsologie nous interroge mais les réponses divergent. Deux postures opposées semblent animer ce débat : les Collapsophobes et les Collapsoscetiques.

 

La « Collapsologie » fait débat.
Ce néologisme apparu dans les années 2015 avec la publication de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (1) prend ses racines bien plus tôt dès 1939.

La confusion entre collapso-logie (l’étude écologique, sociologique et économique de l’effondrement) et collapso-sophie (l’effondrement dans ses dimensions spirituelles, et éthiques) attise les controverses.

 

De facto, la stratégie de « développement durable » de 1987, consacrée en 1992 au sommet de la terre de Rio, qui visait au découplage entre la croissance économique et consommation de matières, a totalement échoué.

Le dernier rapport du Panel international pour la gestion durable des ressources hébergé par le PNUE (2) résume à lui seul l’échec : la quantité de matières premières extraites de la planète a triplé en 40 ans. Proche des 90 milliards de tonnes aujourd’hui elle pointe vers 180 milliards de tonnes en 2050.

Plus grave encore : depuis 1990, il n’y eu globalement aucune amélioration de l’efficacité matières de l’économie qui a désormais besoin de plus de matières premières par unité de PIB qu’il n’en fallait au tournant du siècle, en raison du déplacement de la production de matériaux vers des pays moins efficaces comme la Chine, l’Inde ou encore l’Asie du Sud-Est. En clair, le découplage relatif entre croissance du PIB et consommation de ressources tant espéré, s’est globalement inversé dans le mauvais sens depuis les années 2000 !

Ce phénomène provoque mécaniquement une augmentation des impacts notamment sur la biodiversité, la qualité de l’air et de l’eau comme le souligne le très récent rapport de la Banque Mondiale. (3)

 

Face à ce constat, deux attitudes semblent émerger :

Le Collapsophobe, perçoit cette situation, bien qu’il ne souffre pas encore directement de ses effets induits. Il craint l’avenir et souffre indirectement de phobie. Tantôt anéanti pétri de doutes, tantôt exhorté à changer le monde. Il sait que le challenge est immense : c’est l’ensemble des règles économiques qu’il faudra révolutionner car l’économie constitue le système d’information du métabolisme des activités humaines.

En effet, chaque seconde, des millions de transactions s’opèrent selon le mécanisme de l’analyse coût-bénéfice. Leur somme agrégée génère l’ensemble des flux de matières et d’énergies des activités économiques. Or, ces « algorithmes » ignorent à la fois les externalités et la valorisation des actifs communs. Les coûts cachés des pollutions, et les dépréciations d’actifs environnementaux et sociaux sont soigneusement tenus à l’écart dans l’antichambre des actifs « immatériels » ou « extra-financiers »

Il sait que cette transformation aura un coût et qu’elle boulversera la réparation des richesses, nos modèles de gouvernance et la gestion des biens communs.

Mais il sait aussi qu’une crise n’est pas faite pour durer et vaut mieux qu’un effondrement. Il espère qu’il pourra entrevoir le nouvel horizon de ce monde meilleur ou le donner à voir à la génération suivante et partager cette aventure avec le plus grand nombre.

 

Le Collapsosceptique fait preuve d’originalité scinique : habituellement fervent du « Big Data » et adepte du « Data Driven Decision Making » il semble rejeter en bloc les données scientifiques et les algorithmes d’aide à la décision stratégique.

Mais fort de sa réputation, il sait prévoir les imprévus et n’en fait pas l’économie. Par expérience il se prépare « au cas où » à se réfugier en marge d’un effondrement à venir, le temps de vivre une retraite bien méritée dans un lieu abrité des premiers soubresauts. Des agences immobilières de luxe ont déjà flairé ce marché en proposant des résidences à l’abri de changement climatique et autre crise socio-écologique le temps nécessaire avec « option » pour la génération suivante.

Il obtient matériellement un résultat similaire au collapsophobe avec moins d’effort. En revanche, il sait que seule une poignée d’individus pourra accéder à cette tranquillité et qu’un effondrement n’est pas une crise, il est pour toujours …

 

Finalement chacun a ses raisons et voit en sa conscience.

Le Collapsophile relève de la psychanalyse.
La grande majorité qui reste en marge du débat, oscille entre procrastination et attitude du passager clandestin …

 

1 : Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes. Ed. du Seuil, dl 2015, cop. 2015, 301 p.

2 : UNEP, Global Material Flows And Resource Productivity,

3 : Damania, Richard; Desbureaux, Sébastien; Rodella, Aude-Sophie; Russ, Jason; Zaveri, Esha. 2019. Quality Unknown : The Invisible Water Crisis. Washington, DC: World Bank. © World Bank.

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