Climat : vers une Gouvernance de la Perte de Contrôle ?

Climat : vers une Gouvernance de la Perte de Contrôle ?

Le cuisant échec de la COP 23 pose clairement le sujet de la gouvernance de la crise climatique.
Dans un récent article de la revue LA PENSEE ECOLOGIQUE, [1] Jean-Sylvestre Bergé, suggère de créer un « nouvel espace global de discussion et de négociation fondé sur la perte de contrôle » de cette crise et non pas sur sa prévention qui semble dès aujourd’hui hors de portée.

Cette approche du management de la perte de contrôle a fait ses preuves notamment dans le milieu industriel. Une cellule de Gestion des Crises par essence, s’appuie sur une modélisation des différents scénarios en privilégiant les interactions et la complexité des systèmes : synergies, boucles de rétroaction, effets dominos etc. Des outils de modélisation de type « What If » ou « Hazop » (Hazard and Operability Study) sont couramment utilisés.

Sur le fond, cette approche ouvre de nombreuses perspectives :

  • Elle dépasse le sentiment de pudeur des organisations existantes dites de « prévention » dont les membres, d’une part, hésitent à exposer leurs faiblesses et, d’autre part, passent plus de temps à s’observer qu’à proposer. Le rôle de nos organisations actuelles sur le climat est à l’image d’un automobiliste qui s’apprêterait à négocier une simple courbe alors que c’est une épingle à cheveux qui se présente. Dit autrement, les discussions actuelles portent plus sur les moyens de traiter une hypertension alors que c’est un infarctus qui s’annonce.
  • Elle introduit la rupture comme point de départ de la réflexion (la crise étant sa raison de penser) alors que les organisations de prévention sont guidées par la stratégie des petits pas, chère aux diplomates qui veulent au contraire éviter toute rupture ! Cette stratégie diplomatique dont on attribue la paternité à Henry A. Kissinger oscille entre l’immobilisme et le jeu des navettes ; elle apparait comme totalement inadaptée compte tenu de l’urgence. La situation est d’autant plus bloquée que les lobbys sont particulièrement performants pour accumuler les petits pas en arrière, annulant même tout progrès marginal.
  • L’évaluation des dommages et des coûts de ceux-ci conduit à tenir compte de l’irréversibilité des phénomènes alors que l’approche préventive se contente des coûts marginaux.

Il reste à introduire ce changement de paradigme, « un Climate Hazop » dans nos organisations internationales. L’effet tant sur les consciences que sur les moyens notamment financiers pourrait conduire à un revirement d’une toute autre nature.


[1] Jean-Sylvestre Bergé. 2017. Climat au-delà du contrôle, gouverner l’ingouvernable maintenant ! lapenseeecologique.com. Points de vue. 1 (1)

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