La Relance Keynésienne appliquée à la Croissance Verte.

La Relance Keynésienne appliquée à la Croissance Verte.

Croissance en berne, chômage record, déficits vertigineux, crises de confiance, désindustrialisation, fausses pistes (comme celle des gaz de schistes), société désorientée, nature dégradée … comment croire en un monde meilleur ?

« Repenser le pensé, désavoir le su, douter de son propre doute, est la seule façon de commencer à croire en quelque chose »  Antonio Machado (cité par Edgard Morin)

Appliquons ce précepte sans plus tarder !

John Maynard KEYNES   (1883 – 1946)

 

Sa solution :

 

« Injecter des fonds publics dans l’économie pour relancer la machine ! »

 

Mais comment, où et lesquels ?

 

COMMENT ?

Mieux vaut investir 100 que lâcher 100 rappelle Jacques Généreux dans son dernier ouvrage (1).
Investir 100 Mds € (soit environ 5% de notre PIB) c’est 100 Mds € de Chiffre d’Affaire pour des entreprises de Travaux Publics, de Fabrication de Biens d’Equipements, c’est donc par effet immédiat du premier ordre, 100 Mds € de croissance du PIB.
Bien entendu, une partie de ces fonds retourne dans l’économie sous formes de rémunérations, donc de consommation.
La propension marginale à consommer étant voisine de 80%, c’est 80 Mds € additionnels par effet conséquentiel de deuxième ordre, qui augmentent le Chiffre d’Affaire des entreprises de production des Biens de Consommation.
Ainsi, pour 100 investit, on obtient donc 180 de croissance du PIB sans compté les effets du troisième ordre : baisse du chômage, augmentation des recettes fiscales, etc.

A contrario, distribuer 100 Mds € (par réduction des charges, des impôts ou bien par augmentation directe des prestations sociales) revient à créer au mieux 80 Mds € de croissance. C’est donc une perte nette.

Donc il faut injecter ces fonds par la voie des INVESTISSEMENTS.

 

OU ?

D’abord sur le Territoire « cible » ! Que ce soit la région, le territoire national ou communautaire, chacun choisira, mais c’est évidemment à définir précisément.
On s’étonnera au passage que les investissements en infrastructures de collecte fiscale de l’écotaxe nationale -poids lourds- aient été confiés à des entreprises en dehors du territoire cible …
Afin que par effet de Feed Back, le retour sur investissement puisse produire des effets bénéfiques du premier et du deuxième ordre, l’intégrité territoriale de la démarche est une condition vitale de réussite.

Ensuite, le choix du Secteur est au moins aussi important.
L’Investissement doit être sans risque d’obsolescence technologique ou économique, insensible aux effets conjoncturels à long terme ou aux phénomènes spéculatifs à court terme, et produire des effets positifs rapidement.
Etant Public, cet investissement tout en profitant aux agents économiques privés doit aussi générer des externalités positives du même ordre pour l’accroissement du bien commun. Ils doivent donc irriguer au maximum le tissu économique et social.

 

Relance Verte

Ainsi, la Croissance Verte
offre un territoire privilégié

pour une relance keynésienne par l’investissement !

 

 

 

Toutefois, deux approches différentes peuvent être envisagées :

 

a) Une approche verticale, sectorielle et technologique :

Le photovoltaïque, l’éolien, les énergies marines, la chimie verte, les bio-énergies, la mobilité douce, etc…

Cette approche a l’avantage d’être visible voire spectaculaire. Certains des aspects magiques de ces Greentech ou Cleentech passionnent les médias et certains investisseurs.
Toutefois on aurait bien tort de considérer cet axe d’investissement de croissance verte comme le plus efficient. Il est capable du meilleur comme du pire.

  • Il faut des capitaux importants.
  • Un nombre limité d’agents économiques sont éligibles aux secteurs nécessitant des infrastructures lourdes. Le « ticket » d’entrée est souvent élevé.
  • Les risques technologiques existent.
  • Des phénomènes conjoncturels (voire spéculatifs) peuvent compromettre la rentabilité de ces trajectoires technologiques peu flexibles car très structurées.
  • Les effets induits demandent du temps.
  • La part des externalités positives est parfois très contestable (exemple : agro-carburants de première génération).

 

b) Une approche horizontale, transverse et managériale :

L’économie circulaire, l’économie de fonctionnalité, l’écologie industrielle et territoriale, etc …

Cette approche, moins spectaculaire que la précédente, bien qu’autant innovante voire encore plus, comporte de nombreux atouts :

  • Investissements proportionnels aux effets escomptés. Faible « ticket » d’entrée.
  • Un nombre illimité d’agents économiques concernés, auxquels d’autres secteurs peuvent être utilement associés : économie solidaire, ONG, collectivités, etc …
  • Faible risques technologiques dans la mesure où les solutions sont multiples et évolutives.
  • Résilience économiques forte dans la mesure où les solutions s’adaptent continuellement aux conjonctures temporelles et spatiales.
  • Effets rapides et partagés avec l’ensemble des acteurs sociaux-économiques, externalités positives fortes et aisément vérifiables.

Rappelons que l’Economie circulaire apporte une plus grande autonomie des activités économiques par rapport aux conditions restreintes d’accès aux ressources. Il est illusoire de compter aujourd’hui sur une relance des activités manufacturières en France compte tenu de la désindustrialisation du secteur de production des matières premières amont, en Europe de l’ouest , ces 5 dernières années …
L’économie circulaire permet dès aujourd’hui de produire des biens de consommations avec moins d’impacts environnementaux.
C’est par cette voie que la relance économique peut se découpler significativement de la demande croissante en ressources et énergies.

L’Economie de fonctionnalité est par essence un développeur et fixateur d’emploi local. Elle s’appuie sur une gamme de qualifications très diversifiée où chacun peut trouver sa place et ses aspirations.
Rappelons que cette activité qui vise à remplacer la commercialisation d’un bien par la vente de son usage nécessite des investissements conséquents que seuls les agents économiques ne peuvent assumer.
C’est par méconnaissance du principe même de l’économie de fonctionnalité qu’on associé ce besoin de financement au simple BFR (Besoin en Fonds de Roulement).
Il ne s’agit pas de BFR strict mais bien d’une mise en capital du produit qui génère le fruit de l’activité économique de fonctionnalité tout comme on considère qu’une machine de production est un actif immobilisé et donc exclu du BFR.

Kalundborg

Enfin, l’Ecologie industrielle et territoriale dans sa dimension étendue (2) représente à elle seule la quintessence d’une économie réconciliée avec les enjeux environnementaux et sociétaux des territoires.

En France, tout reste à faire alors que de grandes nations bénéficient déjà de cette transition majeure des activités économiques.

 

 

Ces deux approches verticales et horizontales ne s’opposent pas bien au contraire, elles se complètent.
En revanche, dans un pays comme la France, aux structures hyper-centralisées, l’approche verticale seule est extrêmement risquée car les enjeux dans le meilleur des cas ne seront pas attribués à l’ensemble des parties prenantes.

 

Lesquels ?

Des liquidités inondent notre économie faute de pouvoir se placer notamment dans l’investissement du secteur économique privé. Pour preuve les taux d’intérêts du marché et la facilité qu’ont les Etats à contracter de la dette à des taux d’intérêts encore plus bas.

En revanche la difficulté porte sur l’incapacité des administrations publiques (APU) à « penser » et à réaliser un Investissement !

Si une entreprise (voire une clinique privée) peut immobiliser ses actifs investis et déduire une part relative d’amortissement chaque année (par exemple 1 dixième), il n’en est rien côté administrations publiques …
Une administration qui investit 100… dépense 100 dans la même année, tout comme un hôpital.
Cette dépense vient impacter directement le budget donc … le déficit structurel.

 

Traite-sur-la-stabilite-la-coordination-et-la-gouvernance_mediumOr, le 2 mars 2012, 25 des 27 Etats membres de l’Union européenne ont signés le TSCG (Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance) et le fameux « Pacte budgétaire européen ». L’article 3 du traité pose le principe de l’équilibre budgétaire (ou excédent) des administrations publiques.

Cela signifie que le déficit structurel annuel des Administrations Publiques ne doit pas être supérieur à 0,5 % du PIB en euros courants…

Cette contrainte majeure (qui pourrait être en partie contournée) constitue une raison supplémentaire de prioriser les Investissements verts selon l’approche horizontale.
En effet, cette voie d’investissement peut être facilement lissée sur la période dite « d’amortissement » afin de répondre aux contraintes budgétaires communautaires actuelles.

 

HIGHLIGHTS

  • L’injection de fonds publics par l’Investissement peut relancer notre économie.
  • L’économie verte est un territoire privilégié pour ces investissements de relance.
  • Une Approche horizontale transverse est globalement à privilégier pour des raisons d’efficience et de respects des règles communautaires.

 

(1) : Jacques Généreux explique l’économie à tout le monde, Seuil mai 2014, ISBN 978-2-02-109782-5

(2) : Comme le rappelle souvent Emmanuel Delannoy, il est vain de parler d’écologie industrielle et territoriale si l’agriculture et la maintenance des services écosystémiques en sont exclues.

Les investissements en génie écologique, restauration des milieux, « infrastructures écologiques » et autres procédés de bio-conversion, bio-épuration ou dépollution, ont un excellent retour sur investissement pour peu qu’on prenne en compte les multiples gains en externalités positives. Ces investissements représentent des gisements d’emploi pour des travailleurs peu ou pas qualifiés encadrés par des écologues diplômés à hauts niveaux de compétences disponibles sur le marché du travail. Ces emplois offrent une occasion peu courante de « remettre le pied à l’étrier » à de nombreux jeunes ou moins jeunes, aujourd’hui exclus du marché du travail. Rien ne dit qu’ils resteront tous dans ce secteur, mais après une période d’inclusion, ils auront réappris à se lever, à travailler en équipe, sous l’autorité d’un manager compétent, et pourrons ensuite plus facilement retrouver des emplois dans des secteurs plus larges : espaces verts, tourisme, maintenance, agriculture soutenable, etc.

Faut-il rappeler que notre agriculture traverse une crise d’existence sans précédent ? Sa conversion vers une agriculture respectueuse des sols et de la biodiversité (condition élémentaire de sa survie) nécessitera plus de mains d’œuvre que modèle actuel hyper industrialisé et déshumanisé.

Emmanuel Delannoy, L’Economie expliquée aux humains, Edition Wildproject, ISBN 291 849 015 6

2 Commentaires

  1. Le sujet n’est pas nouveau !

    Bulletin de la Banque de France • N° 190 • 4e trimestre 2012 :

    « La croissance verte représente un mode de développement soucieux de l’environnement,
    mais également de la soutenabilité de la croissance économique à long terme.
    La croissance économique devrait donc être au cœur des préoccupations lorsqu’il s’agit de définir les politiques publiques environnementales …
    Il est également primordial de créer les meilleures conditions pour que des innovations
    porteuses de croissance économique « verte » voient le jour. »

    http://www.fondation-2019.fr/ged/public/resources/view/5352

    Le financement de la croissance verte :

    Grenelle environnement — 5 mars 2010 à 15 h 42 min
    Article de Chantal Jouanno
    Secrétaire d’État chargée de l’écologie
    http://www.revuepolitique.fr/le-financement-de-la-croissance-verte/

  2. Mercredi 16 Juillet 2014 – 15:20, François-Michel Lambert interroge Arnaud Montebourg lors de la séance des Questions au Gouvernement :

    « avoir l’audace et la modernité de mettre en œuvre un keynésianisme vert. Nous devons repartir de l’avant sur une base décarbonée, décentralisée, économe en ressources et sobre en énergie. Cette nouvelle politique économique qui préservera les matières premières et l’énergie sera surtout créatrice d’emplois. Plus de gaspillage, plus de déchets et à terme une croissance découplées de l’épuisement des ressources naturelles. Pour cela nous devons agir à toutes les étapes de la vie de la matière à travers l’éco-conception, l’écologie industrielle, l’économie de la fonctionnalité, la réutilisation, le réemploi et le recyclage.  »

    http://www.fmlambert.fr/Francois-Michel-Lambert-interroge-Arnaud-Montebourg-lors-de-la-seance-des-Questions-au-Gouvernement_a311.html

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