Dilution financière

Dilution financière

Le Commissariat Général au Développement Durable vient de publier une étude de coût des principales pollutions agricoles de l’eau. (Etudes et Documents n°52)

Au-delà de l’intérêt indéniable des résultats de ce travail basé sur une approche méthodologique rigoureuse, cette étude pointe du doigt certaines pratiques de dilution qui conduisent à minimiser la criticité de la pollution.

Cette même pratique qui conduit incidemment à mieux « partager » les effets de la pollution, pourrait aussi avoir pour effet de reporter des décisions d’investissement ; bien entendu, tout cela étant présumé non intentionnel.

Cette dilution chimique induit naturellement une dilution des coûts donc des externalités négatives.

Quelques chiffres et faits tirés de cette étude pour éclairer ce sentiment de malaise :

 

a) La haute valeur de ce qui est dilué :

 

Le coût externe de la tonne d’azote excédentaire (calculé uniquement à partir des coûts de potabilisation de l’eau) atteind environ 100 000 €/t. On rappellera juste que le prix d’achat de cet azote oscille entre 500 € et 1 000 € la tonne …

Le coût externe de la tonne de pesticide excédentaire, quant à lui, s’élève entre 60 et 200 Millions d’Euro !

Si le sujet n’était pas aussi grave, on pourrait parler de haute joaillerie des externalités.

 

 

b) Les pratiques de dilution :

 

Afin de respecter les seuils limites de concentration, certains fournisseurs d’eau n’hésitent pas à mélanger des eaux provenant de captages sains avec celles qui sont contaminées au-delà des seuils critiques. Le résultat permet ainsi d’abaisser la valeur moyenne des contaminants.

Ainsi, des populations susceptibles de bénéficier d’une eau de bonne qualité puisée sur leur propre territoire bien géré grâce à la mise en oeuvre d’une politique de prévention adaptée peuvent très bien être condamnés à consommer une eau de médiocre qualité.

Bien entendu, cette dilution est aussi financière …

Ainsi, si le surcoût de cette pollution sur la facture moyenne des ménages atteint en moyenne 7 à 12% du prix facturé, ce même surcoût devrait être de 140% du prix facturé si elle s’appliquait aux ménages de zones les plus polluées.

 

L’objet de cette réflexion n’est pas de pointer du doigt tel ou tel acteur, mais bien de montrer que si les chiffres en mg/m3 n’ont pas toujours le pouvoir de déclencher les prises de conscience et les débats publics, à l’inverse la monétarisation peut apporter de l’eau à ce moulin.

 

A télécharger :

Coûts des principales pollutions agricoles de l’eau ED52

Le financement de la gestion des ressources en eau en France-ED33b

Un commentaire

  1. Audition de MM. Jean-Christophe BUREAU, professeur d’économie à AgroParisTech par le Sénat : les externalités des engrais azotés dans le monde sont de l’ordre du montant de leur chiffre d’affaire ! (mai 2015)

    http://videos.senat.fr/video/videos/2015/video28489.html

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