Quand le papetier n’a plus la fibre …

Quand le papetier n’a plus la fibre …
 Il était une fois, … une histoire vraie d’écologie industrielle !
 
C’est l’histoire d’un fabricant de papier en Inde qui souffrait périodiquement de ruptures d’approvisionnement en fibres.

Grâce à une extension d’activité, et une profonde mutation en complexe agro-industriel coopératif l’entreprise a réussit à pérenniser ses activités.

Comme toute papeterie, la Seshasayee Paper and Boards Limited Company (SPB) a besoin de fibres.
Localisée en Inde du Sud, elle ne peut compter sur la ressource forestière.

Ainsi, elle accédait à une grande partie de sa matière première en achetant la fibre auprès des fabricants de sucre. Cette fibre ou bagasse est en effet un co-produit de la canne à sucre.
Tout allait bien jusqu’au jour où, le prix du pétrole monta au delà d’un certain niveau …
Les fabricants de sucre préférèrent alors garder la bagasse pour alimenter leurs chaudières et dans les années 80, SPB commença à souffrir de ruptures d’approvisionnement.

Solution :

Pour accéder à la bagasse, faisons du sucre !
Pour faire du sucre, cultivons la canne à sucre !
Pour cultiver la canne à sucre, utilisons l’eau de process (et ses matières organiques …)
Pour alimenter la chaudière, utilisons les sous-produits de l’agriculture …

 
Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas simplement d’une intégration verticale linéaire (intégration de la fabrication de sucre).L’entreprise déploya une véritable stratégie systémique coopérative.
La culture de la canne à sucre se faisait sur des territoires dispersés. Le transport de la canne à sucre étant prohibitif, il fallut la cultiver sur place, sur une terre non irriguée, dépourvue de matière organique.

L’entreprise joua un rôle d’organisateur en rassemblant sur ses terrains les exploitants en coopérative, en assurant l’irrigation à partir des eaux de production traitées et de pompages complémentaires,
et bien entendu en leur garantissant l’achat de la canne à sucre
et enfin en leur laissant 25% des surfaces pour des cultures libres.

La mélasse est vendue à une distillerie locale pour la fabrication d’Ethanol.

Le schéma suivant décrit le métabolisme industriel en intégrant cette étape de transformation :

 Source : Applied Industrial Ecology, S Erkman, R Ramaswamy

Ce développement est en phase avec les grandes lignes réglementaires locales, c’est-à-dire :. Contrôle des surfaces cultivables en cannes à sucre :
. Régulation des prix
. Restriction des transports de canne à sucre
. Vente obligatoire au Gouvernement d’une part de sucre pour le système de distribution public
. etc..
Le bilan global de cette opération est sans appel !
Réduction de 50% de la consommation d’eau,
économies d’énergies substantielles, et surtout,
pérennisation des approvisionnements avec des prix d’achat indépendants du cours du pétrole !

Ajoutons à cela le cycle de carbone : les émissions des chaudières étant compensées en partie par la croissance des plantation …
et le positionnement éthique de l’entreprise qui peut la favoriser sur certains marchés.

Si ce modèle est particulièrement efficient dans les pays émergents il n’y a aucune raison ne pas l’être aussi chez nous.

Nous avons aussi une dépendance forte sur certaines matières périodiquement rares ou souffrant de hausses de prix cycliques.
Nous avons aussi une agriculture à ré-orienter vers la production de matériaux
Nous avons aussi nos problèmes de management de l’eau et des déchets.

Quel est alors le principal obstacle au développement de l’Ecologie Industrielle dans nos pays ?

Est-ce notre incapacité à changer de paradigme, la vision de l’entreprise classique étant enfermé dans sa matrice
–Métier – Produit – Marché … ?

L’illusion de croire que les enjeux environnementaux sont des aspects secondaires des activités industrielles et commerciales ?

Notre incapacité à financer et à réaliser des développements systémiques ?

La rigidité du système réglementaire qui n’autorise facilement que ce qui s’est fait dans le passée au détriment des approches alternatives ?
Imaginons un instant la complexité du dossier à monter pour obtenir les autorisations administratives d’exploiter pour un tel complexe coopé-agro-industri-alimentaire en France !

Vous trouverez tous les détails de cette initiative et bien d’autres encore dans le livre de Suren erkman et Ramesh Ramaswamy : Applied Industrial Ecology, A New Platform for Planning Sustainable Societies, Aicra Publishers, India, 2003.

Seshasayee Paper and Boards Ltd (SPB)
http://www.spbltd.com/

Ecologie Industrielle : voir dans notre rubrique Questions Fréquentes

Autre expérience dans ce domaine :
Guitang Group (Chine)
http://www.rshanthini.com/tmp/CP551/M07R02JofIEIndustrialSymbiosisInChina.pdf

2 Commentaires

  1. Bonjour et merci pour ce retour d’expériences fort intéressant!
    Au plaisir d’un prochain contact,
    Cordialement,
    Leïa

  2. Voir étude :
    Economic and Environmental Assessment of Cellulosic Ethanol Production Scenarios Annexed to a Typical Sugar Mill

    http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0960852416314882

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