Quand la boucle part en vrille …

Quand la boucle part en vrille …

Une surprenante étude a été publiée en 2010 sur la « Finalité du recyclage dans une Société en expansion et un monde de ressources limitées. »
(François GROSSE, Mars 2010, voir http://sapiens.revues.org/index906.html )

ou (en version française) :
(http://www.futuribles-revue.com/)

 

 

Elle jette une pierre sur certaines idées reçues !

Le recyclage est-il la solution universelle contre l’épuisement des ressources ?

Les éléments de réponses qu’apporte cette étude sont difficillement contestables ,
car ceux-ci sont fondés que sur des données historiques d’une part et des équations purement mathématiques d’autre part …

On est très loin d’une démarche spéculative sur des hypothèses hasardeuses.

Que dit-elle ?
Que des choses indubitables !

A) – Une croissance annuelle de 1% n’est pas comparable à une croissance
annuelle de 3%, on aurait un peu trop tendance à l’oublier !

A 3% de croissance, on multiplie la demande par 2 tous les 20 ans (environ)

Avec 1% de croissance, on multiplie la demande par 2 tous les 70 ans, ce n’est pas du tout pareil !

La consommation de l’acier ces 100 dernières années correspond assez bien à ce modèle exponentiel :

B) – Le temps de séjour des matériaux dans les applications à forcément un impact sur leur disponibilité futures pour le recyclage.
Selon les applications, ces temps peuvent s’échelonner de quelques années à 20 années et plus.

A 3% de croissance, au bout de 20 ans, on « n’hérite » que de la moitié de ce qu’on avait mis sur le marché 20 ans plus tôt. Si le taux de recyclage est de 50% (ce qui est très optimiste), on ne dispose donc que du quart des besoins par le biais du recyclage ! Les ¾ doivent donc continuer à être extraits !

Avec l’hypothèse d’une croissance soutenue de 13% par an, au bout de 20 ans, un pays comme la Chine « n’héritera » que du dixième de ce qu’elle avait mis sur le marché 20 ans plus tôt. Si le taux de recyclage est de 50% (ce qui est très optimiste), elle ne disposera donc que du vingtième des besoins par le biais du recyclage, c’est-à-dire une part négligeable de sa demande !

C) – L’étude introduit ensuite une nouvelle notion, celle du report de l’échéance de rareté de la ressource selon les trois paramètres fondamentaux :

. le pourcentage de recyclage,
. le temps de séjour des matériaux dans les applications
. le pourcentage annuel de croissance de la demande.

Conclusion, le résultat est sans appel :

Au-delà de 1% de croissance annuelle de la demande des matériaux, le recyclage n’apporte aucune réduction significative de l’échéance de rareté des ressources  : La Boucle part en Vrille !

 

 

Le graphique ci- après résume bien la situation, étant entendu qu’un report de l’échéance de rareté inférieur à 50 ans n’a pas de sens « politique » !

 

 

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Faut-il restreindre la croissance de l’économie mondiale à moins de 1% ?

Pas forcément, mais en revanche il faut
diminuer l’intensité matérielle de l’économie.

On peut le faire en découplant progressivement les activités des flux de matière, par allègement ou dématérialisation des solutions fonctionnelles.
Mais le passage à une économie de fonctionnalité (vendre l’usage et non le bien) n’est pas forcément synonyme d’économie de matière, seule une analyse de type MFA peut permettre d’y voir claire.
On peut atteindre des résultats spectaculaires par des ruptures technologiques. Par exemple, pour acheminer des flux de communication, on peut passer du cuivre à la fibre optique, et pourquoi pas au réseau hertzien.
Cela fonctionne bien à condition que ces ruptures n’entraînent pas, par effet boomerang une explosion des communications ! (Comme cela a été le cas avec les nouvelles technologies de l’information, les téléphones cellulaires, etc …)
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Faut-il pour autant remettre en question les enjeux du recyclage ?
NON, surtout pas !!!
Le recyclage permet de fabriquer des matières premières à faibles impacts par rapport aux procédés traditionnels.
Il permet couramment de produire des nouvelles matières premières en divisant les impacts par deux !
Ceci est parfaitement démontré par les Analyses de cycle de Vie pour les matières les plus courantes.
Rappelons nous que parmi les objets qui nous entourent : notre tasse à café, notre stylo, nos lunettes, etc,
environ 80% des impacts sont concentrés dans la fabrication des matières premières,
seulement 10% le sont dans la fabrication de l’objet, son conditionnement et son transport,
le reste est dans la gestion de la fin de vie.
(Evidement cela n’est plus valable pour une voiture, pour un bâtiment, car leur phase de « vie en œuvre » est plus impactant que leur « mise en œuvre)

 

 (ACV Texlile synthétique Batyline® EVEACiraig2009)

Donc, quand nous recyclons, nous « ressuscitons » de nouvelles matières premières en évitant les impacts de la « première naissance »!
Au bilan final, en prenant en compte les impacts liés à la collecte, au tri, au recyclage, on fini souvent par un gain supérieur à 50%.
Cela revient à dire que la matière recyclée est au minimum deux fois moins impactante qu’une matière produite (parfois 10 fois moins …).
Le recyclage donne aussi une autonomie plus forte par rapport aux ressources extérieures, et peut permettre de découpler partiellement les coûts de production des cours du pétrole.

5 Commentaires

  1. Les interdictions successives de substances composant les matières plastiques depuis 50 ans risquent d’étrangler la commercialisation de recyclats en étant issus composant des produits de l’équipement de la personne (contact direct) … cela pousse à renverser la stratégie d’ensemble qui se développait sur un marketing 100 % recyclé . Ce concept répondait à optimiser la réduction energie et conso matériau vierge et sert des intérets d’entreprises mais l’interet général d’une activité de recyclage global devrait conduire les opérateurs à promouvoir le concept de dilution « homeopathique » permettant ainsi le maintien des propriétés techniques et surtout pour les plastiques une réduction drastique de l’effet des substances interdites : si 1 % de recyclat avec 40 % de phtalate ds un matériau vierge on aurait 0,4 %de la substance en lui seulement …. et puisque l’on devrait alors plaider le recours aux matières vierges faire en sorte que celles ci s’optimisent en bio sourcing ..et penser des objets à obsolescence la plus réduite…et à ne pas se complaire à leur multiplication sans vraie raison d’apport technologique ..bref encore tout le paradigme de la société de « consommation » à revisiter…

    • Certes, recycler c’est introduire l’héritage du passé dans le temps présent. Les connaissances et exigences du présent n’étant plus celles du passé, il est bien logique qu’un conflit apparaisse : les substance indésirables tolérées (souvent par ignorance) avant, sont logiquement interdites aujourd’hui.

      Faut-il remettre en cause ce principe de progrès vers une meilleure sécurité sanitaire et environnementale au profit d’une logique aveugle du tout recyclé ? La réponse est bien évidemment non !

      Alors que faire ?

      – Certaines solutions techniques de recyclage peuvent permettrent de débarrasser les matières des substances indésirables. Ces techniques sont rares, leur efficacité est souvent limitée et elles induisent souvent une perte d’efficacité environnementale globale non négligeable.

      – Une conceptions adaptée des articles peut permettre d’introduire les recyclats contenant des substances indésirables tout en évitant tout risque d’exposition pendant le cycle d’utilisation : réalisation par co-extrusion d’une couche vierge « barrière » qui encapsule la partie contenant du recyclé par exemple.

      – Orienter les matières recyclées vers des applications qui garantissent un niveau d’exposition nul, éliminant tout risque pendant la phase de vie en œuvre. C’est bien ce que prévoit la réglementation REACH : la présence de substances indésirables est possible, jusqu’à une certaine concentration, à conditions qu’elles n’aient pas été introduites intentionnellement, et surtout à condition d’avoir apporté la preuve que leur présence ne génère pas de risque lors de l’utilisation ou plus généralement lors de la seconde vie en œuvre…

      Raisonner par « dilutions » est une approche dangereuse. Particulièrement par rapport aux effets de certaines substances (par exemple quelques perturbateurs endocriniens) dont les effets sont, dans certains cas, inversement proportionnels à la dose !

  2. La logique d’exclusion de substances composant des plastiques par le systeme Reach à une date x et en proportion x aboutit à la non recyclabilité de ces plastiques hors applications dédiées isolées du contact humain ( ex de murs d’isolation phonique route,granulats pour béton pour remplacer les graviers en pénurie ..)puisque les acheteurs ds les autres secteurs sont terrorisés par le risque de distribuer des produits composés de substances désignées à risque … donc il faudrait que les gestionnaires de Reach aillent jusqu’au bout de leur implication sociétale : nomenclaturer les produits non recyclables ds application contact humain pour aider leur collecte et orientation vers applications dédiées.
    D’autre part, nous sommes tellement effarés par la complexité de faire un seul cycle de recyclage ds les matieres plastiques qu’imaginer son renouvellement perpétuel frise l’utopie ….cela est tellement vrai que le logotypage du recyclage est vu comme une fleche circulant à plat en une seule boucle (meme ds le shéma de Suren) alors que le flux est sensé etre permanent au long des siecles et des siecles donc on devrait repenser cela …changer de paradigme …et finalement l’idée de la dilution de ces sustances vierges apparaitra non pas ds un seul cycle comme précédemment invoqué mais au bout de centaines de cycles en mélange perpétuel avec matières vierges …

  3. Sur ce sujet , Nicholas Georgescu-Roegen avait introduit le parallèle entre entropie énergie et entropie matière.
    L’entropie augmente quand l’énergie passe du stade libre (donc utile) au stade d’énergie dissipée (donc inutilisable).

    De façon analogique ; les matières utilisées dans les applications économiques se mélangent et se dispersent inexorablement : l’entropie augmente.

    Heureusement il existe quelques procédés de recyclage pour refaire une partie du chemin inverse grâce à un « travail » de séparation et de tri.

    Citons NGR :

    « Rappelons-nous que l’entropie peut être aussi définie comme le rapport entre le travail mécanique nécessaire pour ramener un système à son état initial … »

    « C’est cette définition qui justifie la formule de l’entropie du mélange »

    Cela s’applique à notre cas d’étude :
    Matières Premières pures et distinctes > Applications Composites > Déchets mélangés > Recyclage séléctif > Matières Premières pures et distinctes.

    Citons encore NGR :

    « Pour l’Energie, nous avons :

    I. Aucun travail mécanique ne peut s’obtenir sans dépense d’énergie
    II. Aucun travail ne peut être obtenu en réalité sans qu’une quantité d’énergie utilisable ne soit gaspillée en énergie non-utilisable
    III. Aucun système réel ne peut être complètement purifié d’énergie non-utilisable »

    « Pour la matière nous avons :

    I. Aucun travail ne peut s’obtenir sans utiliser de la matière
    II. Aucun travail ne peut s’obtenir sans que quelque matière utilisable ne se dégrade en matière non-utilisable
    III. Aucune substance ne peut être complètement purifiée de ses éléments contaminants
    »

    On retrouve ici l’explication des pertes inévitables, de l’énergie de « tri » pour passer de l’état de mélange à celui de trié
    mais aussi les traces de substances résiduelles qui nous compliquent la vie sur les applications futures après recyclage… CQFD

  4. Voir nouvelle publication à ce sujet :

    VERS UNE ÉCONOMIE
    AUTHENTIQUEMENT CIRCULAIRE
    RÉFLEXIONS SUR LES FONDEMENTS D’UN INDICATEUR
    DE CIRCULARITÉ
    Christian Arnsperger et Dominique Bourg

    OFCE n°145 février 2016 – Mesurer le bien-être et la soutenabilité

    « une économie stationnaire – c’est-à-dire authentiquement
    circulaire – n’est en aucune manière une économie de stagnation »

    « Un bon indicateur de circularité devrait donc inclure –
    avec un poids à déterminer – une mesure de la qualité du stock de
    savoir-faire et du degré de « sens au travail » vécu par les personnes afin de s’assurer que la perma-circularité n’est pas vécue comme une frustration ou une limitation abusive. »

    http://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/revue/6-145.pdf

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